J’étais en train de trier mon grenier quand je suis tombé sur cette antiquité. Un CD gravé, avec écrit dessus au feutre noir : « Backup site perso 2002 ». Mon vieux PC portable a mis 10 minutes à le lire (après avoir trouvé un lecteur USB, parce que bon). Ce que j’ai découvert ? Mon premier site web dans toute sa splendeur. Des frames de partout, un background étoilé qui scintille, et cette typo… Comic Sans rose bonbon partout.
L’âge d’or du bricolage numérique.
MSN Messenger. Ces mots me transportent direct.
Les wizz qui secouaient tout le moniteur, les smileys personnalisés, les noms d’utilisateur avec des ♫♪☆★ partout. Des soirées entières à discuter, envoyer des coups de coude virtuels, modifier notre statut pour envoyer des messages codés à notre crush. C’était notre WhatsApp de l’époque, en beaucoup plus fun.
Windows fête ses 30 printemps cette année. Trois décennies que Microsoft a lancé cette révolution. Windows 95 et 98 nous ont offert Internet Explorer sur un plateau. Cette icône bleue qui nous propulsait dans l’univers digital. Un univers où charger une photo prenait une éternité, où le modem 56k nous berçait de sa mélodie robotique (ce fameux « krrrr beeep shhhhhhh »), où il fallait choisir entre téléphoner et surfer.

Les sites web de cette période ? Complètement dingues. Du HTML brut, des mises en page construites avec des tableaux imbriqués (le CSS débutait à peine). Des animations GIF dans tous les coins. Des flammes qui dansent, des étoiles qui brillent, des bonhommes jaunes qui font coucou. Plus c’était tape-à-l’œil, plus on kiffait. C’était une époque où le web était encore sauvage, bien avant que les réglementations strictes ne viennent encadrer le monde numérique. Moi j’avais mis un compteur de visiteurs en bas de page. Je matais mes chiffres chaque jour. 15 personnes en 10 jours ? J’avais l’impression d’être une star du net.
Franchement on trouvait ça incroyable.
Créer son coin perso sur internet, c’était devenir son propre média. On partageait nos centres d’intérêt, on mettait nos photos de voyage (résolution pourrie obligatoire), on faisait des pages fan pour nos artistes favoris. Geocities, Lycos, FreeWebs… Ça vous rappelle quelque chose ? Les grands-parents de Instagram, en gros.
Les boîtes mail, toute une histoire. Hotmail, Voila, Caramail… On cumulait les comptes. Un pro pour le taf, un stylé pour la bande, un jetable pour les trucs louches. Et ces fameuses chaînes ! « Transfère à 15 contacts ou tu seras maudit pendant 10 ans ». On tombait dans le panneau à chaque fois.
Le Bloc-notes de Windows était notre meilleur ami. Zéro CMS, zéro template tout fait. Tu voulais du texte bleu ? Tu ouvrais ton document HTML et tu tâtonnais avec les couleurs hexadécimales. #00FF00 pour le vert, #FF00FF pour le violet. Basique. Direct. Et quand ça buggait, tu passais des plombes à traquer cette satanée balise mal fermée.
Flash régnait sur l’univers des mini-jeux. Miniclip, AddictingGames, Y8… Des après-midi complètes sur des trucs débiles mais impossibles à lâcher. YouTube ? Connais pas. Pour mater un clip, fallait passer par eMule ou BearShare. Une nuit complète pour télécharger un film tout pixelisé, avec une chance sur deux de chopper un malware.
Les webrings, les guestbooks, les boards phpBB… On construisait des tribus autour de nos passions. Aucun algorithme, aucun scroll infini. Tu mettais en favoris les pages sympas et tu y revenais souvent. Parfois elles disparaissaient sans prévenir (serveur gratuit qui coupe, admin qui laisse tomber). D’autres résistent encore, coincées dans leur époque. Comme APHRODITE Casino qui cultive le style rétro, même si derrière c’est du high-tech.
C’est vrai qu’on rigole en y repensant maintenant. C’était pas joli, c’était lent, c’était galère. Mais qu’est-ce que c’était sincère. Tous les sites avaient leur propre identité, montraient qui était derrière. Aucun gabarit identique, aucune interface ultra-étudiée. La jungle sauvage du numérique.
Et perso, cette période où on bidouillait juste pour s’amuser me manque.
Cette candeur du web fait maison, sans penser référencement ni conversion.
Les pixels et les balises HTML, c’était notre terrain de jeu. On construisait notre petit monde virtuel ligne par ligne. Pas de drag-and-drop, pas de plugin miracle. Juste toi, ton clavier, et des idées plein la tête.